La Ca’ Celsi-Donà, la demeure de Flavio et Assin Foscarini

La Ca’ Celsi-Donà, la demeure de Flavio et Assin Foscarini

Le petit palais où vivent Flavio et Assin, les héros de mes romans, existe bel et bien. C’est une demeure fort modeste, si on la compare aux vastes palais qui bordent le Grand Canal. La Ca’ Celsi-Donà est située près de San Martino, dans le sestier de Castello, tout près de l’Arsenal, à deux pas de cette calle Magno où veille un ange dont on ne sait s’il protège ou extermine ! De nos jours, elle a hélas fait les frais d’une opération immobilière, et a été découpée en appartements… 

Un doge de la République y vécut : Lorenzo Celsi, qui fut élu en 1361. Proche du poète Pétrarque, issu d’une noble famille relativement modeste, il semble que son ascension lui soit montée à la tête ; il se fit pas mal d’ennemis et mourut, dépressif et probablement empoisonné, en 1365. 

Le charme du palais Celsi-Donà tenait avant tout à son merveilleux petit jardin, fouillis de verdure bien caché par de hauts murs. La colonnade de pierre d’Istrie, l’androne avec la porte d’eau ouvrant sur le rio de San Francesco della Vigna, tout cela existe tel que je l’ai décrit.

J’ai eu la chance de vivre pendant une douzaine d’années dans ce palais, chez des amis, et j’ai pu apprécier aussi bien les vastes chambres décorées de plafonds à fresques du piano nobile, les petits appartements du deuxième étage, et même une pièce sous les combles où je jouissais d’une vue imprenable et absolument magnifique sur les toits où se rassemblaient les chats du voisinage, l’Arsenal et la lagune. Je voyais arriver les orages, pouvais observer les sommets neigeux des Dolomites par temps clair, et me réveillais avec le cri des oiseaux de mer.

Le piano nobile était à peu près tel que je le décris dans les livres, à la différence près que j’ai bien sûr inventé et décoré à mon idée les appartements orientaux d’Assin. Mais il est exact que le style gothique et Renaissance sont présents dans l’architecture. Le portego, assez sévère, les salons et chambres décorés par Jacopo Guarana, tout cela a existé et, à l’instar de Flavio, je suis souvent monté dans une barque, par la porte d’eau, pour gagner la lagune par les petits canaux. Je préfère ne pas penser à ce qu’il reste de cette demeure au  charme presque campagnard, de nos jours : l’écriture permet heureusement de conserver intacts les plus beaux souvenirs.